Invitation au voyage
J’aime jouer avec la pesanteur et soumettre la matière à la force de gravité. J’utilise des enduis que je mélange à des pigments. En séchant, la matière reprend ses droits et s’écaille au gré de la toile. Les fissures et les coulures qui apparaissent alors forment des composantes naturelles de l’expérience que je ne cherche pas à éviter. Au contraire, ce phénomène entre le liquide et le solide a sa place à part entière dans mon travail et je guette l’instant où l’accident révèle la composition sur laquelle la toile va se construire.
Je me sers autant du couteau que du pinceau et il m’arrive même parfois de me fabriquer dans l’urgence des outils pour donner une dimension aléatoire et imprévisible à mon travail. Mais très souvent c’est ma main, l’ultime recours, qui vient définitivement façonner la matière. En fait, je sculpte autant que je peins. Je cherche le moment où mon corps sera au plus proche de mes tableaux, jusqu’à les traverser parfois, offrant, le temps de quelques secondes, l’oubli de soi. Je rêve de travailler sur des formats de plus en plus grands où, mes mains, mes bras, mes pieds pourraient œuvrer encore plus librement. Je définis ma peinture finalement plus comme une œuvre physique, sorte de performance instinctive.
J’ai choisi de peindre des paysages car la nature s’est imposée à moi de façon évidente comme un sujet abondant de poésie. Les thèmes en sont inépuisables et correspondent à des émotions qui me sont chères telles que le silence, la lenteur, la lumière, le reflet, la fragilité… J’aime aussi l’architecture des grandes métropoles et je crois que le paysage urbain est un thème contemporain ou la nature a encore sa place.
J’aimerais que mes tableaux se lisent comme on lit la trace du passage de la pluie au moment ou survient l’éclaircie.